Transition professionnelle : ce qu’on ne montre pas entre deux carrières

On aime les histoires de recommencement.

Les grandes décisions courageuses, les nouveaux départs lumineux, les photos de transformation que l’on partage une fois qu’elles ont porté leurs fruits. Mais ce que l’on montre beaucoup moins aux autres, c’est tout ce qui se passe entre la décision et le résultat.

Entre deux vies professionnelles

L’entre-deux inconfortable.

Tu connais ?

Cette période de transition où l’ancien chapitre n’est pas complètement terminé, mais où le nouveau n’a pas encore trouvé sa forme. On avance sans toujours savoir exactement où l’on va. On apprend en chemin. On ajuste. On cherche ses repères, parfois sans filet de sécurité.

Je connais bien cette période.

Il y a quelques mois, après plus de quinze ans à travailler en communication, en gestion de projets et en entrepreneuriat, j’ai choisi de fermer un chapitre professionnel important. J’ai pris le temps de faire une pause, de réfléchir à la suite et d’écouter ce qui devenait de plus en plus difficile à ignorer.

Ce n’était pas une décision prise sur un coup de tête.

C’était l’aboutissement d’un long processus de réflexion qui a duré plusieurs années, au cours duquel j’ai senti que mon rythme de vie ne correspondait plus à mes besoins. Mon corps et mon esprit m’envoyaient des signaux de plus en plus clairs : fatigue persistante, stress, perte de repères et cette impression de m’éloigner de ce qui avait autrefois du sens.

Peu à peu, j’ai compris que quelque chose devait changer.

Et pourtant, cette transition ne ressemblait pas à un grand geste héroïque. Ce n’était pas une histoire de réussite instantanée ou de nouveau départ parfaitement planifié.

C’était plutôt un saut dans l’inconnu.

Je pensais recommencer à zéro.

Mais est-ce vraiment ce qui se passe lorsqu’on change de direction ?

Les recommencements prennent mille visages

Parce que recommencer à zéro ne signifie pas nécessairement tout effacer et se réinventer complètement. Souvent, les grands changements commencent par une décision plus subtile : celle d’écouter ce qui ne fonctionne plus et d’accepter de faire autrement.

Cela peut prendre plusieurs formes :

  • changer de carrière après plusieurs années dans un même domaine ;

  • retourner aux études à l’âge adulte avec l’impression de devoir tout réapprendre ;

  • quitter un environnement professionnel qui ne correspond plus à ses valeurs ou à ses aspirations ;

  • ralentir après avoir longtemps vécu dans l’action et la performance ;

  • revoir ses priorités, son rythme de vie ou sa propre définition de la réussite.

Parfois, les transitions naissent aussi d’événements personnels qui nous obligent à reconstruire certains repères et à redéfinir ce qui compte réellement.

Dans tous les cas, ce que ces passages ont en commun, c’est cette sensation vraiment étrange d’avancer sans avoir toutes les réponses.

On prend une décision, puis on apprend peu à peu à habiter cette nouvelle réalité.

On ajuste. On explore. On doute. On découvre.

On avance, parfois par petits pas, vers une version de soi qui n’est pas encore complètement définie.

Et souvent, le résultat ne ressemble pas exactement à ce qu’on avait imaginé au départ, mais il révèle parfois une direction plus juste que celle qu’on avait prévue.

L’entre-deux : quand l’ancienne version de soi côtoie la nouvelle

Ce qu’on montre rarement, c’est qu’un recommencement ne ressemble pas à un nouveau départ parfaitement ordonné.

Il ressemble plutôt à un entre-deux. Un moment où deux versions de soi coexistent.

L’ancienne est encore bien présente : ses habitudes, ses réussites, ses repères, tout ce qui a été construit au fil des années. Et doucement, presque imperceptiblement, une nouvelle façon d’être au monde commence à émerger.

Dans mon cas, le plus difficile n’a pas été de trouver une nouvelle direction. Ça a aussi été d’accepter de laisser partir celle qui m’avait définie pendant longtemps. J'ai écrit sur ce processus dans mon article sur le deuil identitaire‍ ‍que je t'invite à lire aussi.

Pendant plus de quinze ans, je m’étais construite autour d’un métier, d’un rythme, d’une certaine image de la compétence. J’aimais l’énergie des communications, les projets qui se succèdent, les idées à structurer, les défis à relever. J’aimais cette sensation d’être dans l’action, de contribuer, de faire avancer les choses.

Une partie importante de mon identité était liée à cette façon d’être dans le monde. Alors ralentir n’a pas seulement signifié changer de rythme. Pour moi, cela voulait dire apprendre à exister autrement.

Me déposer.

Faire de l’espace.

Accepter de ne pas avoir immédiatement toutes les réponses sur ce qui venait après.

C’est probablement là que se trouvait le véritable vertige : non pas dans le fait de changer de direction, mais dans l’apprentissage d’habiter un espace où l’ancienne version de soi n’est plus tout à fait celle que l’on veut être, sans que la nouvelle soit encore complètement définie.

L’apprentissage de l’incertitude

Il y a aussi une réalité dont on parle moins lorsqu’on change de direction : l’incertitude.

L’incertitude financière.

L’incertitude professionnelle.

Mais aussi cette incertitude plus intime : celle de ne plus avoir tous ses repères habituels.

Cette période m’a appris à composer avec ce que je ne pouvais pas prévoir. À avancer progressivement. À reconnaître la valeur des petits pas, plutôt que d’attendre d’avoir une vision parfaitement claire de la suite de mon parcours professionnel.

De l’extérieur, on voit parfois la nouvelle direction, le nouveau projet, la décision courageuse.

On voit moins les détours, les hésitations, les moments où l’on cherche encore, où l’on ajuste son chemin.

Pourtant, c’est souvent dans cet espace d’exploration que les nouvelles possibilités commencent à apparaître.

Ce que cette transition m’a appris

Avec le recul, je comprends que recommencer ne signifie pas simplement changer de direction.

C’est aussi accepter que notre identité professionnelle évolue.

C’est apprendre à avancer même lorsque toutes les réponses ne sont pas encore là.

C’est reconnaître que les transitions prennent du temps. Qu’elles ne suivent pas toujours une trajectoire linéaire. Qu’elles demandent parfois de ralentir suffisamment pour mieux comprendre ce qui compte réellement.

Aujourd’hui, mon parcours m’a menée vers une nouvelle étape : entreprendre une maîtrise en sciences de l’orientation afin d’approfondir ma compréhension des parcours humains, des choix professionnels et des transitions de vie.

C’est également dans cet esprit que j’ai créé Sens & Résonance : un espace où je partage des récits, des réflexions et des pistes de réflexion autour des moments où l’on ressent le besoin de faire le point, de ralentir ou d’imaginer une nouvelle suite professionnelle ou personnelle.

Parce que recommencer à zéro ne signifie pas effacer ce qui a été construit avant. Une transition professionnelle n’est pas un saut d’une vie à une autre.

C’est un passage où l’on apprend à regarder son parcours autrement et à reconnaître comment chaque expérience contribue à la personne que l’on devient.

Un pas à la fois. 🤍


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