Quitter une identité qui ne nous ressemble plus
Il y a quelques années, si quelqu'un m'avait demandé qui j'étais, j'aurais répondu par une liste.
Bonne mère.
Bonne employée.
Performante.
Aimable.
Toujours disponible, toujours au-dessus de la mêlée.
Je m'étais construite comme ça au fil des années, couche par couche, en enchainant les différents rôles, selon les attentes de la société et aussi les miennes, qui étaient souvent les plus exigeantes de toutes. Ce n’est pas toujours la faute aux autres!
Ce que je ne savais pas encore, c’est que cette identité-là, avait une date d’expiration
À 32 ans, j'ai vécu mon premier arrêt de travail pour épuisement généralisé. Puis un autre. Puis encore un autre. Sur dix ans, plusieurs effondrements. Chaque fois, je les vivais comme une honte — la preuve que je n'étais plus capable de performer, que c'était terminé pour moi. Et chaque fois, pendant ces “congés” de maladie, plutôt que de vivre la transition, je me préparais à revenir. Je faisais tout pour ne pas rester dans cet espace inconfortable entre ce que j'avais été et ce que je pourrais devenir. Avec le recul, je constate que je “performais mon rétablissement”, ni plus ni moins.
C’était comme cela pour moi, jusqu’à ce que j’accepte de prolonger mon dernier congé au-delà de six mois. Aujourd’hui, après presque neuf mois d'arrêt, quelque chose est devenu différent. Pour la première fois, je ne prépare pas mon retour. Je vis la transformation.
Quitter la rive sans regarder derrière
Quitter une identité, ce n'est pas une décision qu'on prend un matin en se levant. C'est un processus long, non linéaire et bien souvent douloureux. Parce que ces schémas qu'on laisse aller, même ceux qui nous épuisent ou nous rendent malades, ont été nos repères pendant des années. Ils ont guidé nos choix, nos actions, la façon dont on se percevait nous-mêmes et ce que les autres voyaient de nous.
Y renoncer, c'est regarder sa peur en face et traverser le pont, malgré le vertige. Avec l’expérience, j’ai compris que, pour atteindre de nouveaux horizons, il faut d’abord avoir le courage de ne plus voir la rive.
"You cannot swim for new horizons until you have courage to lose sight of the shore." — William Faulkner
Faire son deuil de ce qui a été
Pour moi, il y a eu plusieurs étapes à traverser, chacune avec son propre deuil à faire. D'abord laisser aller la femme qui buvait, qui sortait, qui faisait la fête et tout ce que cette vie-là représentait pour moi. Ensuite, la plus difficile : me défaire de la femme performante. Ralentir la cadence. En faire moins et accepter que les choses prennent plus de temps. Laisser tomber des projets, des rêves et certaines ambitions.
Quand on se définit à travers ses réalisations et ses succès, s'en détacher crée un grand vide intérieur. Et ce vide, il est vraiment inconfortable. Parce qu'on vit dans une société qui valorise le faire, le paraître, la performance et faire le choix de s'en extraire, c'est nager à contre-courant.
Mais quand on y touche vraiment à ce lâcher-prise, on commence à ressentir quelque chose qu'on n'avait pas connu depuis longtemps. Le bonheur de vivre plus consciemment. Dans le moment présent. De vivre pour être soi tout simplement.
Un exercice pour travers ta propre transition
Si toi aussi tu sens qu'une version de toi est en train de se terminer, voici trois questions à explorer dans un journal :
Quelle identité est en train de se terminer pour toi ?
Un rôle, une façon d'être, une étiquette que tu portais. Nomme-la sans la juger, car elle a existé pour une raison. Cette identité t'a protégée, portée et même aidée à traverser des épreuves importantes.
Qu'est-ce que cette ancienne version de toi t'a appris ?
Avant de la laisser aller, prends le temps de la remercier sincèrement. Le deuil est plus doux quand on reconnaît ce que le comportement ou le mode de pensée nous a donné.
Qui est en train d'émerger ?
Ferme les yeux et visualise quelques mots sur la personne que tu es en train de devenir ou une façon d'être que tu commences à sentir en toi.
Pour moi, la réponse à cette dernière question ressemble à ça : plus ancrée dans le moment présent. Plus de résonance, plus de sens. Je sais de mieux en mieux pourquoi je fais les choses — et avant de passer à l'action, je m'assure que ça résonne vraiment avec qui je suis. Pas avec qui je devrais être.
Ce n’est que le début…
Le chemin n'est pas terminé et je demeure curieuse de ce qui s'en vient. Mais déjà je me sens délivrée d'un mal persistant qui me poussait à m'épuiser et à chercher à l'extérieur ce que je commence enfin à trouver en moi.
Quitter une identité qui ne nous ressemble plus, ce n'est pas un échec. C'est peut-être l'acte de courage le plus doux qu'on puisse poser pour soi-même. 🤍
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