Apprendre à habiter ses temps libres sans les remplir

Pendant longtemps, les moments libres me faisaient peur. Ce n'était pas nécessairement conscient, mais je les remplissais d'activités, de sorties, de projets et d'obligations inventées. Je chargeais mon horaire pour m'occuper, m'étourdir et ne pas sentir ce silence qui m'attendait de l'autre côté.

Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Ces moments-là, je les protège. Et c'est peut-être la chose la plus difficile que j'ai apprise ces dernières années. Une conviction que l'autrice américaine Tricia Hersey met aussi en mots dans son livre Rest is Resistance : le repos n'est pas une récompense, c’est un droit fondamental. Ce n’est pas non plus un outil pour performer davantage, mais plutôt un besoin humain profond et tout à fait légitime.

Ce vide que personne ne nomme

Il y a quelque chose qu'on ne dit pas assez sur les moments de pause, et les vacances en sont l'exemple parfait. On attend ça toute l'année. On planifie, on rêve, on se dit que ce sera enfin du soulagement, de la liberté, de la joie. Et puis le dernier jour de travail arrive, on ferme l'ordinateur, et quelque chose que l’on redoute s'installe.

Le vide.

C'est une sensation déstabilisante parce que le rythme s'arrête brutalement et on réalise qu'on ne sait plus vraiment quoi faire de soi quand personne ne nous demande rien. Les premiers jours de vacances, combien de personnes se retrouvent irritables, agitées, incapables de décrocher vraiment ? On scrolle sur son téléphone, on pense au travail, on se sent coupable de ne rien faire, alors qu'on attendait ce moment depuis des mois.

C'est justement cet espace qu'on ne sait pas toujours habiter. La plupart du temps, ce n'est pas une question de capacité à se reposer. C'est plutôt qu'on n'a jamais vraiment appris à être avec soi-même et les autres sans agenda.

Ce qui m’a aidée à apprivoiser le vide

C’est bien personnel à chacune, mais de mon côté, ce qui m'a aidée, c’est d’être en contact avec la nature. J'ai la chance d'habiter une maison près de la forêt et juste ça, ça change tout. La forêt m'apaise. Elle me reconnecte à quelque chose de plus lent et de plus simple. Elle m'a appris que le fait de ne rien faire de précis a sa propre valeur. Si tu veux comprendre pourquoi ce vide peut parfois sembler insupportable, je t'invite à lire mon article sur la fenêtre de tolérance, un outil simple pour mieux comprendre ce qui se passe en toi pendant ces moments-là.

C'est là que j'ai commencé à identifier ce qui me donnait vraiment de l'énergie et, à l'inverse, ce qui m'en prenait. La marche, la lecture, le bricolage, le yoga, la cuisine, l'écriture. Des activités simples, souvent solitaires, qui me ramènent à moi-même sans effort. Les activités sociales, j'aime ça, mais elles m'épuisent rapidement. J'ai dû apprendre à les doser, à protéger mon équilibre et à ne pas me laisser vider par des interactions trop nombreuses, même si elles sont agréables.

La thématique plutôt que l’horaire

J’aime donner une thématique à mes moments libres plutôt qu’un horaire. Selon comment je me sens, la saison ou le moment dans le mois, je me donne une direction : un week-end selfcare, un week-end amoureux, un week-end festif avec des amies, un week-end culturel ou sportif. Ça oriente mon temps sans m'enfermer dans une série de tâches ou d’obligations.

Et peu importe la thématique, il y a un rituel qui ne change jamais.

Le matin, avant tout le reste : le café et la lecture, avec ma chienne Lilas. L'été, c'est dehors sous le gazebo. L'hiver, dans le salon au bord du feu. Quelques minutes, parfois une heure, où je ne dois rien à personne et où je n'ai pas encore commencé à répondre aux besoins du monde.

Je me dis parfois que je devrais être plus productive. Faire ma séance d’entraînement, le ménage, le lunch des enfants, répondre à mes courriels. Être utile, avancer, accomplir quelque chose. Mais non, je me retiens. C'est toujours là que je reviens : à mon café, au livre, à Lilas. Parce que c'est ça qui me recharge vraiment. Après, ce sera toujours le temps d'aller promener le chien, de travailler et de répondre aux besoins des autres.

Mais d'abord, ça.

Quelques questions pour trouver tes propres rituels

Si toi aussi tu te retrouves à remplir tes moments libres par réflexe, par peur du vide ou par habitude de performer, voici quelques questions à explorer :

  • Qu'est-ce qui te donne vraiment de l'énergie ? Ne pense pas à ce que tu devrais aimer, mais bien à ce qui te recharge, toi, concrètement. Une activité, un endroit, une heure du jour.

  • Qu'est-ce qui te prend de l’énergie ? Sans jugement, juste l'observation honnête de ce qui te vide, même si c'est agréable en surface.

  • C'est quoi ton rituel sacré ? Celui que tu pourrais protéger avant tout le reste.

  • Quelle thématique donnerais-tu à ton prochain moment libre ? On ne parle pas d’un plan détaillé, mais juste d’une direction ou d’une intention douce.

C'est exactement ce genre de réflexion que j'accompagne avec mes clientes : apprendre à ralentir, à s'écouter et à choisir sa vie avec plus d'intention.

Le repos n'est pas quelque chose qu'on mérite après avoir tout accompli. C'est quelque chose qu'on choisit avant que le monde recommence à nous demander de la présence.

Lilas, le café, le feu. C'est là que tout commence pour moi. 🤍


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Source(s) mentionnée(s) dans l’article : Tricia Hersey, Rest Is Resistance: A Manifesto.

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