Pourquoi j'ai choisi de devenir conseillère en orientation à 45 ans

Il y a des décisions dans la vie qui se prennent dans l'urgence. Et puis, il y en a d'autres qui mijotent pendant des années et qui attendent patiemment qu'on soit enfin prête à les reconsidérer. La mienne, c'est celle-là :

À 45 ans, après plus de vingt ans dans le monde des communications, de la gestion de projet et de l'entrepreneuriat, j'ai décidé de tout recommencer. De retourner sur les bancs d'université pour devenir conseillère en orientation 🙀

Les signes qui étaient là depuis le début

Cette décision, je ne l’ai pas prise sur un coup de tête. C'était plutôt l'aboutissement d'un long chemin intérieur qui avait commencé bien avant que je m’en rende compte.

Quand j'ai terminé ma formation en histoire, j'avais déjà entendu parler du métier de conseillère en orientation. J'avais même pris quelques cours comme étudiante libre, curieuse de voir si c'était une voie pour moi. Et puis, étant jeune maman et ayant besoin de stabilité pour mon enfant, j'ai décidé d’explorer le marché du travail avec ma maîtrise en histoire. J’ai alors obtenu un premier poste d’agente de recherche à l’Université du Québec. La vie a continué, les années ont passé, et ce projet-là, celui d’être conseillère en communication, s'est mis en veilleuse.

Mais il n'a jamais vraiment disparu.

Tout au long de mes expériences professionnelles, il y avait toujours cette constante : les relations humaines et le développement personnel. Dans presque tous mes rôles, ce que j'aimais le plus, c'était d'aider mes collègues à découvrir leurs compétences, de les coacher et de les encourager à se réaliser. Même dans mon travail de stratège en communication, j'ai accompagné des personnes et des organisations dans leur développement. Le fil était là, discret mais constant, tissé à travers toutes mes années de carrière. C’est d’ailleurs ce qui m’a amené à réfléchir et à vouloir quitter cette identité professionnelle qui ne me ressemblait plus.

Mais c'est vraiment quand j’ai entamé mon propre processus d'orientation que j'ai pu voir ce fil clairement. Les résultats de mes tests psychométriques pointaient vers les métiers de la communication, des arts et des lettres, certes, mais aussi, de façon significative, vers la relation d'aide et la psychologie. En refaisant l'histoire de mon parcours professionnel, j'ai compris ce que j'aurais dû voir bien plus tôt : j'avais toujours été attirée par l'expérience humaine, par la psychologie, par l'envie d'aider les autres à mieux se connaître et à trouver du sens dans ce qu'ils font au quotidien.

Par la suite, en effectuant mes propres recherches, j’ai découvert que le métier de conseillère en orientation me correspondait étonnamment. Une partie de ce travail conjugue la recherche et le travail intellectuel — ce côté analytique que j'ai toujours aimé. L'autre partie, c'est le contact humain, la communication et la créativité dans la recherche de solutions. C'est exactement l'équilibre dont j'avais besoin sans jamais savoir quel métier ou rôle professionnel pouvait me l’apporter.

Ce qui m’a freinée pendant si longtemps

Il y a eu la peur liée à l'âge, bien sûr. Recommencer à zéro académiquement à la mi-quarantaine, ça ne fait pas partie des chemins qu'on nous montre comme raisonnables. Il y a eu la peur de bousculer une stabilité financière durement construite au fil des ans. J'avais une carrière bien établie en communication & stratégie marketing, j'étais à l'étape où ça devenait vraiment payant. Vu de l’extérieur, tout laisser pour recommencer, ça ressemblait à de la pure folie.

Mais ce qui pesait le plus lourd dans la balance, je dirais, c'était la peur de bousculer l'équilibre familial. Le poids que ça représentait pour mon conjoint, l'incertitude que ça allait créer autour de moi et la réorganisation de mes responsabilités en tant que mère. On ne prend pas ces décisions-là seule, car elles touchent les personnes avec qui on partage notre vie et si je voulais vivre cette transition le plus harmonieusement possible, je devais prendre le temps de bien préparer le terrain. 

Il y avait aussi une peur plus silencieuse, celle que je n'avouais pas facilement : la peur de redevenir débutante. Après toutes ces années à occuper des rôles seniors, à être reconnue dans mon domaine, l'idée de recommencer à zéro dans un nouveau métier me faisait frémir. La peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être bonne dans ces nouvelles fonctions liées à la relation d'aide, de perdre cette crédibilité que j'avais mis tant d'années à construire.

Mais j'ai vite fait de me rappeler quelque chose d'important : je ne repartais pas de zéro. Tout au long de ma carrière en communications, j'avais déjà utilisé ces qualités et ces forces, dans d'autres contextes, sous d'autres formes. Coacher des collègues, accompagner des organisations dans leur développement, créer du lien et trouver des solutions humaines — c'était déjà de l'orientation, sans avoir le titre officiel. Ce nouveau chapitre n'était pas une rupture avec mon parcours. C'était une continuité qui m’apparaissait de plus en plus évidente à mesure que j’avançais dans mon processus de reconversion professionnelle.

Le déclic

Étrangement, ce qui a tout changé pour moi, c'est mon propre processus d'orientation! En me soumettant aux mêmes outils que ceux que j'utiliserai un jour avec mes clientes, soit les tests psychométriques, la réflexion sur le parcours, l'exploration des valeurs et des intérêts — j'ai vu quelque chose que je n'avais jamais pensé voir aussi clairement.

Je stagnais et j’avais cette impression “d’avoir fait le tour” et de ne plus rien apprendre. Le travail disponible dans mon domaine m'intéressait de moins en moins. Et cette femme curieuse, passionnée et avide d'apprendre que j'ai toujours été, étouffait tranquillement sous le poids d'une carrière qui ne me ressemblait plus. J’en parle aussi dans mon article sur recommencer à zéro dans une transition professionnelle.

Ce jour-là, j'ai compris que continuer dans cette voie par besoin de sécurité n'était plus une option. Le risque de rester immobile était devenu plus grand et plus dangereux pour ma santé que le risque de bouger et de modifier la trajectoire.

Ce qui a changé depuis

Depuis que j'ai pris cette décision, quelque chose s'est allégé en moi.

Je me sens libre et courageuse. Je me sens motivée d'une façon que je n'avais pas ressentie depuis très longtemps. Il y a aussi une légèreté dans mes journées qui me rappelle que je suis enfin alignée avec qui je suis vraiment.

Je me sens aussi privilégiée, et je tiens à le dire. Je sais que se réinventer professionnellement à 45 ans, ce n'est pas possible pour tout le monde et ça demande des conditions financières, familiales et personnelles pour être en mesure de le faire convenablement. Je ne prends pas ça à la légère et je remercie les personnes qui m’entourent de me soutenir et de m’encourager dans cette nouvelle aventure.

Est-ce qu'il reste de l'inconnu ? Absolument. Je sais qu'il y aura des moments de doute et des petites tempêtes qui vont tenter de faire chavirer ma chaloupe. Mais pour la première fois depuis longtemps, je me sens prête et bien outillée à y faire face. La fenêtre de tolérance est d'ailleurs un outil qui m'a beaucoup aidée à traverser des moments difficiles.

Pourquoi l’orientation et pourquoi maintenant?

Je trouve que nous vivons à une époque où les personnes ont plus que jamais besoin d'être accompagnées dans leurs choix de vie. Les transitions professionnelles se multiplient, les carrières linéaires disparaissent, et je constate que de plus en plus de femmes, après avoir bâti une famille ou une certaine sécurité, cherchent plus de sens dans ce qu'elles font au quotidien.

C'est exactement là que je veux être utile.

Aider les autres à mieux se connaître, à prendre de meilleures décisions, à réaliser leurs rêves et à trouver leur voie professionnelle — c'est ce qui m'a toujours animée, sous des formes différentes. L'orientation me donne enfin un cadre professionnel, rigoureux et reconnu, pour faire ce travail avec les personnes qui en ont besoin.

Ce métier me permettra aussi de créer ma propre pratique privée, à mon image, dans le respect de mes valeurs. Et ça, c'est un cadeau que je me fais après toutes ces années à construire pour les autres.

Est-ce que tu te reconnais ?

Si en lisant ces lignes tu te reconnais dans la stagnation, dans la peur de bouger ou dans ce projet mis en veilleuse depuis trop longtemps, sache que tu n'es pas seule et que ce n'est peut-être pas un hasard si tu lis ceci aujourd'hui.

Le chemin existe. Parfois, il suffit d'un peu d'accompagnement pour le voir. 🤍


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